Au lendemain de l’armistice du 11 novembre 1918, la population française compte ses morts et les élus manifestent le désir de leur rendre publiquement hommage par l’érection d’un monument commémoratif.

Si, à Chamarande, le principe d’une telle décision ne rencontra guère d’hostilité, le premier emplacement envisagé suscita quelques réserves : l’installation prévue du monument au sein du cimetière permettait de doter cette nouvelle enceinte d’un prestige accru alors que la population regrettait encore l’ancien cimetière blotti autour de l’église paroissiale, et déplorait l’isolement du nouveau site. Le don d’un terrain par le député-maire et châtelain de Chamarande, le docteur Amodru, permit opportunément d’apaiser les querelles, les terrains offerts à la commune offraient des avantages multiples : à mi-chemin du centre du village et du cimetière, la place aménagée se trouvait proche du vieux bourg bien qu’implantée sur sa marge.

Contrairement à d’autres communes qui, faute de moyens, sollicitèrent l’aide financière de l’association du “Souvenir français”, la municipalité, soutenue par la générosité de son député-maire, assuma seule la dépense du monument. Le financement du monument, estimé à 9 300 francs, fut pris en charge, d’abord, par le budget communal (pour 2 020 francs), relayé par une souscription, dont le cercle des donateurs dépassait non seulement le nombre des familles endeuillées, mais aussi celui des foyers chamarandais dans un bel élan de solidarité ; cependant que l’édile local contribuait pour un montant égal à celui de la souscription, qui rassembla 3 640 francs. Enfin, la commune paya les frais d’aménagement du soubassement (1 327 francs), laissant à son maire le soin de régler le coût de la grille de protection (5 233 francs) aujourd’hui disparue.

Parfaitement conservé dans son état d’origine, le monument aux morts offre l’aspect d’une pyramide quadrangulaire tronquée, taillée dans un calcaire gris-bleu, dont l’extraction dans le nord de la France lui vaut l’appellation commune de “pierre de Tournai”, et qui doit à sa dureté la qualification de “granit de Belgique”. Il s’agit d’un monument économique, où n’intervint aucun architecte et nul artiste. On le doit au marbrier étampois Georges Pinturier, spécialiste en monuments funéraires. Son seul décor consiste en un bas-relief placé sur la face antérieure de la pyramide, et figurant des allégories guerrières : glaive et casque appartiennent à l’équipement du soldat, palmes du martyre et lauriers des héros relèvent d’une tradition antique tant civile que religieuse ; des obus croisés rappellent l’importance de l’artillerie dans le premier conflit mondial ; et une croix de guerre témoigne de la reconnaissance nationale.

Le monument fut inauguré le 1er octobre 1922 en présence du préfet de Seine-et-Oise, de deux députés du département dont le docteur Amodru, ainsi que de tous les maires et adjoints du canton invités à la cérémonie.
© Antoine LEBAS