La loi Guizot ayant, en 1833, contraint chaque commune à disposer d’un local spécifique pour l’enseignement primaire et à prévoir un logement pour l’instituteur, la commune de Chamarande installe alors son école dans une maison particulière (face au Café des Sports) peu adaptée à cet usage, qui fait occasionnellement office de mairie.

En 1863, le maire acquiert une parcelle destinée à assurer un accès public à la nouvelle gare, et à y installer une mairie-école. En 1864, il saisit l’opportunité d’acheter une maison sur la place centrale du village, avec une parcelle permettant d’installer aisément mairie et école primaire.

Cette opportunité s’accompagne d’un concours de circonstances particulièrement favorables qui, seul, peut justifier la construction d’une mairie dans un modeste village alors qu’il faudra la loi républicaine de 1884 pour amener toutes les communes de France à s’en doter. En effet, le duc de Persigny, châtelain de Chamarande depuis 1857 et ministre de l’intérieur de Napoléon III, a fait accorder à la commune une subvention de 35.000 Frs. Mais Persigny, bien que démis de ses fonctions en novembre 1863, demeure un proche de l’empereur, garde de solides relations au ministère et a, désormais, tout loisir de s’intéresser à sa commune et d’y favoriser l’érection d’une mairie-école. Il confie donc le chantier à l’architecte Jean-Baptiste-Marie Pigny.

La construction d’une mairie-école fait alors l’objet de prescriptions précises assorties de plans-types proportionnés à l’ampleur de la population locale qui sert de base au calcul des subventions publiques. Pour faciliter la tâche des maires et des architectes, des recueils de modèles leurs sont proposés comme celui de Félix Narjoux ou celui de César Pompée.
Le parti adopté pour la mairie de Chamarande n’est guère éloigné du modèle proposé par Félix Narjoux pour les communes de moins de 500 habitants. Sur le terrain libéré par la démolition de la maison achetée, l’architecte dispose de deux corps de bâtiments. Donnant sur la place, la mairie, de plan massif, possède quatre pièces sur chacun des deux niveaux : le rez-de-chaussée est partagé entre les deux pièces attribuées au secrétariat de la mairie et celles réservées au logement de l’instituteur qui y dispose d’une cuisine et d’une salle à manger, tandis qu’à l’étage se trouvent quatre chambres.

L’école, implantée sur l’arrière de la mairie et située en rez-de-chaussée, ne dispose que d’une salle de classe rassemblant sous l’autorité d’un seul maître tous les niveaux scolaires. On accède à l’école par une porte ménagée sur le côté de la mairie et donnant dans une courette sur laquelle ouvre la classe qui donne, d’autre part, sur une cour de récréation entièrement close de murs.

Les murs de meulière et silex sont couverts d’un enduit, les bossages et saillies extérieures de plâtre à joints gravés imitant la brique de façon à rappeler l’architecture du château. La mairie est couverte d’ardoises d’Angers tandis que l’école reçoit des tuiles plates de Folleville.

Les travaux commencés en 1865, s’achèvent en janvier 1868 ; ils auront coûté 24 957 francs et 84 centimes, dont 8 000 francs d’achat du terrain et 14 626 francs de construction proprement dite. L’école, enfin, doit s’équiper de mobilier et fournitures scolaires qu’elle commande auprès de la Librairie Charles Delagrave.
Suivant les prescriptions de 1871, la mairie achète en 1877 au sculpteur A. Picchi un buste de Marianne, de plâtre moulé, (modèle n°2) dont la représentation peu compromettante, tout comme son coût modéré (facturée 30 francs) séduisent nombre d’élus.
© Antoine LEBAS